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Le voyage : pulsions et désirs de renouveau

Le voyage : pulsions et désirs de renouveau

L’Homme peut ressentir l’envie ou le besoin de voyager et ce à divers stade de son existence. Ceci afin de découvrir de nouveaux horizons afin de mieux se connaitre ou entrevoir sa faculté d’adaption face à d’autres cultures. Le voyage dans son sens idéologique permet de se réinventer. Entre pulsions et désirs de renouveau, voici une réflexion sur Le voyage.

Pulsions

Les pulsions exercent une pression aléatoire sur notre ressenti. Les pulsions sont incontrôlables par nature. Le voyage est-il une pulsion irrésistible qui nous pousse vers l’inconnu ? La pulsion est définie par Freud comme une poussée constante et motrice qui vise à une satisfaction et est le moyen initial de cette satisfaction. Le voyage serait donc multiple : un moyen et un but. Un moyen de se libérer de l’emprise sociale, sociétale et un but existentiel pluriel : se réinventer, se sentir utile, redéfinir ses convictions pour mieux se reconnaitre ?

Désirs

Le désir est un affect. C’est-à-dire un élément qui trouble l’être humain, d’un point de vue corporel ou psychique. Chez Spinoza, le désir n’est plus un attribut strictement humain. Le désir est un effort pour continuer à exister qu’on rencontre chez tout être. C’est un phénomène qui n’est plus d’abord psychologique : il peut relever de l’ontologie, de la physiologie, de la physique ou encore la de la politique. Il est l’essence de toute chose. La notion de désir de voyage : littéralement une envie intense de renouveau.

Renouveau

Les avantages d’un voyage sont nombreux, en effet, lorsque la routine et le stress se font trop ressentir, surtout lors de longues journées similaires vécues tout au long de l’année, voyager peut être le remède idéal. Rien de mieux pour remplacer les mauvaises idées par des pensées nouvelles, pleines d’optimisme. Le superflu habituel servant à supporter le quotidien devient inutile, les nouvelles aventures le remplaçant, un bien être se fait ressentir, tout comme une prise de confiance en soi que l’on n’avait pas forcément avant peut surgir en nous et peut ainsi être bénéfique lors de notre retour à la vie réelle, bien que voyager c’est vivre ses rêves éveillés.

Voyager, la meilleure façon de créer de nouveaux souvenirs.

Les grandes vacances incitent à prendre de la hauteur. Loin des contraintes et des soucis, la pensée se libère. Et c’est là que les problèmes commencent. Méditer, d’accord, mais sur quoi ? Les grandes questions intimident. L’esprit patine et souvent abandonne. Mieux vaut alors se poser les questions les plus simples : que fais-je ici, loin de chez moi, sur une plage ou dans un pays inconnu ? Pourquoi suis-je parti en voyage ? Pourquoi ici, et pas ailleurs ? S’interroger sur ses vacances, c’est déjà philosopher et cela peut mener très loin. Tout prend un sens quand on y réfléchit : les raisons d’un départ, la destination, le style de voyage choisi, ce qu’on en retient ou en rapporte.
Pour le comprendre, il faut d’abord oublier l’image d’Épinal du penseur en chambre. Puisque philosopher, c’est s’étonner, porter un regard neuf sur le monde, le voyage en représente la condition, la conséquence naturelle ou encore la métaphore. Volontaire ou forcé, calme ou aventureux, enivrant ou décevant, le voyage est lié à la philosophie. Platon navigue sur la Méditerranée, Descartes parcourt l’Europe à cheval, Nietzsche profite de l’essor des chemins de fer et Bergson emprunte le paquebot pour traverser l’Atlantique. Les penseurs antiques, conseillers des puissants, fondateurs d’écoles ou ennemis publics, circulaient énormément. Plus tard, avant que l’imprimerie apparaisse, il fallait aller chercher le savoir là où il se trouvait, dans des centres souvent éloignés les uns des autres. Puis la tradition humaniste a promu la connaissance des autres cultures et des monuments du passé. À partir du xviiie siècle, on a redécouvert les beautés de la nature. Nos manières de voyager héritent de ces grands moments philosophiques.

Pourquoi voyage-t-on ?

Quand les moyens le permettent, de nos jours, c’est bien souvent et tout bêtement pour se reposer en pleine nature. On a beau jeu de critiquer une mécanique de « ressourcement » sans aucune volonté de découverte. Mais que peut-on trouver à redire à ce pur désir de détente ? D’autant que les vacances les plus simples ont un sens tout philosophique. Vous vous sentez renaître dans les cimes ? La haute montagne et sa sublime démesure vous exaltent ? Vous êtes kantien sans le savoir. Si vous préférez la randonnée dans les alpages, peut-être recherchez-vous une image de la nature et de la société non encore corrompues par la civilisation. Vous êtes alors rousseauiste. Préférez-vous le Grand Nord aux nuits blanches et aux hivers interminables, comme Ludwig Wittgenstein, ou le soleil du Midi, comme Friedrich Nietzsche ? La forêt américaine de Henry Thoreau ou la Méditerranée des commencements ? Des trésors de pensée se dissimulent derrière le choix d’une destination.

On voyage aussi pour apprendre, visiter, se cultiver. Ce type de déplacement n’est pas si ancien. Il date de la Renaissance et s’inscrit dans la tradition humaniste du voyage de formation. René Descartes explore ainsi, sans y trouver grand-chose d’ailleurs, le « grand livre du monde ». Plus tard, dans les années 1930, des philosophes français vont se former en Allemagne. Aujourd’hui, Clément Rosset découvre le sens tragique de la vie en visitant Majorque. Barbara Cassin, spécialiste de la philosophie grecque, comprend le polythéisme lors d’un séjour… à Bali (lire leur témoignage dans ce dossier).

Certains partent avec une idée fixe : non pas photographier des monuments, mais rencontrer d’autres hommes. Quand, en plein xixe siècle, Alexis de Tocqueville part pour les États-Unis, il tente de comprendre l’homme démocratique d’aujourd’hui et de demain, avec son tenace esprit d’égalité, son vocabulaire spécifique, ses goûts. Mais au moment où cette humanité européenne semble s’effondrer, à partir de 1930, il faut partir encore plus loin, chez des hommes vraiment autres. L’ethnologue Claude Lévi-Strauss, dégoûté par l’Occident, s’embarque à la découverte des Indiens du Brésil. Chez les Caduveo ou les Nambikwara, il recherche les invariants et les différences. Topographie d’un village, artisanat, mœurs, tout l’oriente vers la compréhension des structures fondamentales des relations humaines.

Il existe enfin un dernier type de déplacement, politique. Platon se rend plusieurs fois en Sicile pour conseiller des tyrans. Mal lui en prend. Avec plus de succès, Henri Bergson, en pleine Première Guerre mondiale, a pour mission de convaincre le président américain d’intervenir. D’autres philosophes ont connu l’exil. Ce sont les penseurs russes fuyant le régime bolchevique, ou encore les intellectuels allemands forcés de quitter l’Allemagne et de s’installer aux États-Unis, comme Hannah Arendt et Theodor Adorno. Certains, enfin, reviennent de leur expédition transformés, avec l’intention de tout changer chez eux. Henry Thoreau, inspiré par son long séjour en forêt, invente ainsi la notion de désobéissance civile. Alors, emboîtez le pas des philosophes et n’oubliez pas dans vos valises leur guide de voyage .

Voyager lentement, voyager vite, se fondre dans la masse comme un habitant, rester ouvert aux opportunités…Il existe de multitudes de façon de voyager, suivant ses goûts, ses pulsions, ses désirs, ses idéaux, ses préférences ou contraintes…

L’utilité du voyage, c’est de réguler l’imagination par le biais de la réalité; et permettre de voir les choses comme elles le sont vraiment, plutôt que de penser à comment elles pourraient être.
Samuel Johnson

Le vrai voyage, c’est d’y aller. Une fois arrivé, le voyage est fini. Aujourd’hui les gens commencent par la fin.
Hugo Verlomme

 

Planification d’un voyage de nos jours…

Planifié ou aléatoire, le voyage invite à l’idéalisation de soi…

Les quatre désirs capitaux

Il est possible de distinguer quatre polarités sensibles ou psychologiques
à l’origine des pratiques touristiques contemporaines, qu’elles soient de circuit ou de séjour, itinérantes ou résidentielles, de découverte ou de villégiature. 

L’appel du désert

C’est l’attrait des espaces immenses, silencieux, inhabités : le Sahara, par exemple, mais tout aussi bien l’Islande, l’Himalaya ou la Lozère. Chaud ou froid, le désert tend à devenir une destination si prisée qu’il constitue le fonds de commerce d’agences de voyage spécialisées dans l’aventure et l’exploration.

La tentation sociétale

À l’opposé de l’appel du désert, ce désir correspond à une envie de grégarité et d’effervescence, de densité et de chaleur humaines. Il s’assouvit dans des événements festifs type féria de Bayonne ou fest-noz, des grands rendez-vous sportifs comme les Jeux olympiques de Londres, mais aussi à travers le tourisme urbain ou la villégiature balnéaire.

La rêverie cénobite

Comme le moine cénobite vivant en communauté, le touriste peut aussi avoir envie, le temps des vacances, d’un groupe homogène et fermé. Les lieux emblématiques de ce phénomène sont les hôtels, la croisière, les clubs de vacances, ou encore la maison de famille valant résidence secondaire.

Le rêve altruiste et humaniste

Cette fois, le désir est entièrement tourné vers autrui, vers les peuples et civilisations qui paraissent radicalement autres, les terres d’aventure et d’exotisme. Sont privilégiés les séjours « chez l’habitant », le tourisme responsable, le tourisme solidaire… Rêve là encore transformé en offre marchande par de nombreux voyagistes.

L’univers de nos mobilités d’agrément se découpe ainsi en quatre zones de désirs dont les sens respectifs résultent de la conjonction des paramètres que sont, d’une part, la société et son contraire : le désert ; d’autre part, autrui et son contraire : soi.
 La diagonale grégarité/cénobitisme est incontestablement l’axe de gravité des mobilités de loisir aujourd’hui. Entre les bonheurs de l’extase collective et ceux cachés du repli intime, entre connivence et confidence, les vacances oscillent entre le besoin de société et le besoin de compagnie. Vie publique et vie privée. Vie mondaine ou ermitage. Sur cet axe se décline la plus grosse part de nos vacances et voyages.

Pour une lecture instructive et vizionnaire, veuillez consulter 

L’Envie du monde
Jean-Didier Urbain, Bréal, 2011

Chaque personne possède sa propre philosophie du voyage. Et vous quelle est la vôtre ?

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